Tu te réveilles difficilement, bien que tu ne sois enfin plus seul. Ta main est doucement liée à celle de ton épouse, et pour toi tout va bien. Tu as vingt-cinq ans, la vie te sourit. Tu vas acheter une paire de chaussure créée par des chinois sous-exploités, pour assouvir un sentiment de vengeance par anticipation, car tu seras sous-exploité par ton employeur.
Tu n'as pas de culture, mais tu as du talent. Auras-tu un avenir radieux? Seras-tu éclipsé par des universitaires diplômés? Tu construis l'édifice branlant de ta vie, tu te projettes loin, imaginant les voyages et les aventures. Mais le temps te rattrape, tu as cinquante années, deux fois plus que lorsque tu te sentais partir gaiement au travail. Tu n'as rien fait de ta vie, si ce n'est répéter le schéma travail-famille. Tu te sens comblé, tu as une famille qui t'aime et que tu aimes. Mais tout ton égoïsme n'est pas satisfait, tu t'es engouffré dans un cycle perpétuel de construction, t'obligeant à te maintenir ici jusqu'à ta retraite. Tu n'as pas assez pour payer tes dettes et voyager, tu dois choisir et tu préfères la sécurité. Quel triste choix, tu n'as rien vu, rien vécu, comme des millions de personnes.
Tu as eu la chance de naître dans un pays où ton niveau de vie est très acceptable, tu as reçu dans ton éducation toutes les armes nécessaires à ton épanouissement, mais tu n'en as rien fait. Tu t'es englué, croyant bien faire, dans les rouages implacables de la société de consommation. Si tu ne fais pas ça, tu as trop peur. On t'as toujours appris que le bonheur se trouvait dans la stabilité, la solidité. Mais que fais-tu de tes désirs enfouis? Tes envies de découverte du monde, d'apprendre encore et encore, de t'enrichir de tout ce que tu vois? Les documentaires ne te satisferont jamais, et tu jalouseras tous ceux qui ont la chance de partir. Mais eux, que font-ils de leur vacances? Ils se goinfrent dans des stations balnéaires, cette dernière pompant toute l'eau des villages alentour pour alimenter les jolies piscines du cadre idyllique. Ils sont pourtant à côté de la vraie richesse du monde : la simplicité.
Tu en fais toujours des tonnes, pour plaire à une masse, celle qui te juges et te distingues. Mais ce n'est pas ce qui te rends heureux, bien au contraire. Tu es sans cesse dans une optique de recherche de toi-même par le regard des autres, il t'importe trop car tu n'as que ça pour t'identifier. Alors que ces pauvres gens des petits pays, t'accueillent la main sur le c½ur, qui que tu sois, quoi que tu aies fait. Ils ont bien plus de valeurs que tu n'en auras jamais : ils font avec ce qu'ils ont, ils aiment les choses telles qu'elles viennent, et se contentent de peu en donnant tout.
Tu te retourneras devant ta tombe sans la moindre histoire, si ce n'est celle que tu t'es inventée pour palier à ton ennui. Qu'auras-tu à transmettre? Rien, si ce n'est ce qui est purement universel et que n'importe qui pourra aisément léguer à sa progéniture.
Égoïsme, trancher entre soi-même et les autres. Mais comment peux-tu rendre quelqu'un qui t'aime heureux, si toi-même tu ne l'es pas vraiment. Ta tristesse déteins sur tes proches, ils en sont conscients car eux ont l'habitude de surpasser ta protection. Vas-tu laisser le temps te ruiner, ou vas-tu suivre tes pulsions intérieures? Quitte à paraître égoïste dans un premier temps, tu en apporteras tellement aux autres, qu'ils te pardonneront, et bien plus encore.
Carpe Diem & Love.

